Chaque pays, chaque culture a son mode de fonctionnement dans la société. Comme vous vous en doutez au Japon les relations sociales sont différentes de celles en France. Ici elles sont très codifiées et hiérarchisées, mais pas de la même façon que “hiérarchique” signifie pour nous Français. De plus, la notion de collectivité étant importante ici, on essaye d’éviter tout conflit au sein du groupe et d’heurter son interlocuteur, en ne donnant pas trop son opinion, notamment quand on n’en est pas au stade de très bons amis (là aussi je me cale sur mon expérience). 

Commençons par un peu de général, en société et dans le monde du travail.

Au Japon, il existe le terme de “Senpai” et de “kohai“. “Senpai” désigne une personne qui a plus d’ancienneté que nous qui est dans le même établissement scolaire, le même club de sport ou dans la même entreprise. Tel un tuteur, le rôle du senpai est de transmettre son savoir, d’aider et de conseiller. Kohai à l’inverse désigne une personne qui a moins ancienneté de nous. La relation senpai – kohai est très ancrée et partage un respect mutuel. Ici l’âge n’entre pas en compte, c’est le degré d’expérience et surtout d’ancienneté qui compte. C’est clairement le jeu de celui qui était là le premier comme le représente si bien le premier idéogramme de senpai 先輩 et de kohai 後輩. 

En France nous sommes tactiles pour se saluer, on se serre la main, se fait la bise, se prend dans les bras. Au Japon, rien de tout ça, on s’incline ou on fait juste un signe de tête. Concernant l’inclinaison, son angle et sa durée varie selon le contexte et le type de relation. Même dans ma belle-famille il y a peu de contact physique, et s’il y en a, ils sont parfois maladroit. Je le vois aussi entre mes beaux-parents et mon fils, il reçoit très peu de câlins alors que lui adore ça et veut toujours en faire, ainsi que des bisous, à ses deux cousines qui ont le même âge que lui.

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Passons aux amitiés.

Avant de venir au Japon, je m’étais déjà fait des amies japonaises à l’université. Elles étaient venues pendant un an en échange universitaire. Baignant tout récemment dans la sphère japon, je ne me posais pas de questions sur ma façon d’interagir avec elles pour communiquer, devenir amie, etc. Je n’avais pas de mode d’emploi “Comment devenir amie avec des Japonaises”, non, Française ou Japonaise, je ne faisais pas de différence. Je m’entendais bien avec 3-4 Japonaises, on habitait dans la même résidence universitaire, on sortait souvent et déjeunait souvent ensemble, on s’aidait mutuellement en français et en japonais, etc, mais je sentais que tout était que surface. Lors de mes deux premiers séjours au Japon, mon mari était encore étudiant à Tokyo et donc je me suis mise à fréquenter ses ami/es de son club d’activité qui était sur la culture européenne. Bien que je parlais peu japonais j’arrivais à communiquer et j’avais surtout sympathisé avec trois filles du groupe. Avouons-le, le fait que mon mari m’intègre dans ce groupe d’amis avait grandement facilité les choses.

Puis je suis revenue au Japon avec mon visa Working-Holiday, mon mari ayant obtenu son diplôme et étant devenu salarié, nous nous sommes installés dans notre ville actuelle près de Kobe. Et la, je me suis senti extrêmement seule. Je ne travaillais pas, j’étais seule tous les jours et étant timide (du moins au début et avec le temps ça va mieux), je ne savais pas comment faire pour simplement rencontrer des gens. Les codes étant si différents, je ne savais pas comment leur parler ni créer un lien avec eux et surtout j’avais le sentiment de ne pas pouvoir être moi-même. Heureusement j’avais une amie japonaise de ma fac qui habitait à Osaka et que je voyais de temps en temps avant qu’elle ne déménage à Tokyo, mais sinon calme plat. Quand j’ai commencé à travailler au resto français, je suis devenue amie avec des collègues français. Via le blog j’ai aussi pu rencontrer d’autres Françaises avec qui je suis toujours amies actuellement, plus tard c’est via Twitter et Instagram que j’ai aussi pu rencontrer d’autres Français/es. Le bon coté des réseaux sociaux !

En 7 ans ici, je me suis faite beaucoup d ami/es français/es, mais peu d’amies japonaises. Mes principales amies japonaises sont francophones, je les vois régulièrement, elles sont bilingues et ont déjà vécu en France. Ça s’est fait tout seul avec elles, pas besoin de codes à respecter. Depuis que je suis maman, ce fut une autre affaire car je n’arrivais pas à discuter avec les autres mamans, les enfants étaient au centre de tout, je ne sentais pas de feeling particulier puis comme je l’avais déjà mentionné une fois, le tatemae, le paraître, le fait de faire bonne figure reste important. J’ai fini par sympathiser avec deux Japonaises du quartier, elles ne connaissent rien à la France et ne parlent pas un mot de français. Sentant le courant passer avec elles des le début j’ai essayé de garder contact et nous sommes finalement devenues amies et sortons souvent, que ce soit avec ou sans nos enfants. Cependant je sens encore que c’est une relation délicate, car on ne parle pas de tout, si je raconte quelque chose de personnel, il n’y aura pas de retour. Elles furent mes premières mama-tomo, littéralement “amie maman”. Terme que je n’emploie pas avec mes amies françaises qui sont mamans car tout simplement en France on se définie par soi et non par son statut social comme le font les Japonais, ici, quand on devient mère, on n’est plus que ça aux yeux de la société.

A la maternelle, je n’ai pas de mama-tomo, on se salue quand on se voit, on échange quelques mots bateau, le temps, les enfants, les activités de la maternelle et voilà, ça reste une relation de bonne entente. Je ne sais pas trop de quoi parler avec elles. En début d’année, la maîtresse avait fait un tour de parole pour que nous nous présentions en parlant de nos passe-temps. J’ai été choquée d’apprendre que plus de la moitié n’en avait pas et que leur vie ne tournait qu’autour de leurs enfants. Quand je pense à tout ce que j’aime faire, je trouve ça si triste. Quand on devient mère il ne faut pas s’oublier, on reste une femme, un individu à par entière. C’est le genre de personne, qui, quand leurs enfants quitteront le nid, se retrouveront face au vide. Elles se rendront compte qu’elles se sont oubliées pendant des années, au point qu’elles ne savent pas quoi faire, au point qu’elles ne savent plus ce qu’elles aiment, qui elles sont, et qui probablement se remettront en question.

Maintenant je ne cherche plus à me faire de nouveaux amis. Mon cercle est fait et il me plait tel qu’il est, que ce soit pour celui en France ou celui ici.

Nouvel article des rendez-vous #Histoires Expatriées organisé par Lucie depuis l’Italie qui tient le blog L’Occhio di Lucie. Le thème du mois est Les relations sociales et c’est Kenza du blog Cup of english tea en est la marraine. Bien sur, comme toujours, sans vouloir faire de généralités, je vais me baser sur ma propre expérience.

↓ Les autres participations de ce rendez-vous ↓

Ophélie,  Lucie et Clara en Angleterre *Amélie et Laura a Turin * Cécile fait le bilan après plusieurs expatriations * Ferdy au Canada * Angélique au  Sénégal * Mme Dree en Belgique * Barbara au Québec * Liz au Koweit * Alex entre le Portugal et l’Allemagne * Hilorico parle du Costa Rica * Marie entre l’Angleterre et l’Allemagne * Océane, au Québec * Myriam, en Allemagne * Kenza, au Canada * Perrine, au Canada * Patrick, en Slovénie * Maëva, en Espagne, en Angleterre puis aux Etats-Unis