Enfant franco-japonais

Témoignage : Bilinguisme chez l’enfant, les débuts de mon fils franco-japonais

Élever un enfant bilingue, c’est tout un challenge dont la réussite depend de divers facteurs. Beaucoup de familles binationales se posent des questions sur le bilinguisme de leur enfant, je m’en pose toujours d’ailleurs. J’ai pensé que ce serait intéressant de parler de l’évolution de l’apprentissage du français et du japonais de mon fils. Ici, je compte me focaliser sur les débuts du bilinguisme, de la naissance jusqu’aux 3 ans de l’enfant.

Pendant ma grossesse je m’étais déjà un peu renseignée sur le bilinguisme des enfants, comment faire etc. J’avais lu que lenfant bilingue à tendance à dire ses premiers mots plus tard. Ou encore qu’il peut bégayer au début de l’apprentissage des deux langues. Puis apparemment, commencer l’apprentissage d’une langue étrangère avant 11 ans permettait d’éviter d’avoir un accent dans celle-ci. J’avais lu qu’il est important que chaque parent parle sa propre langue pour ne pas embrouiller l’enfant et que celui-ci prenne un réflexe.

Élever un enfant bilingue

Certains parents n’utilisent que la langue de leur pays d’accueil (ce qui est courageux je trouve), d’autres les deux langues et d’autres encore choisissent de n’utiliser que leur langue maternelle. Pour moi il était évident de parler en français à mon fils. Certes je parle couramment japonais, mais ma maîtrise de la langue n’est pas encore parfaite. De ce fait, je me voyais mal parler, éduquer mon fils dans une langue qui n’est pas la mienne. Je ne voudrais pas risquer de lui transmettre mes erreurs, mon accent et mes tics de langage. Je laisse le japonais aux Japonais. C‘est pour cette raison aussi que mon fils va à la garderie deux fois par semaine. Sachant qu’à partir de la maternelle il sera en immersion total du japonais, je veux l’inonder de français, lui donner des bases solides avant que la langue nippone ne prenne le dessus.
Plusieurs parents qui ont un enfant bilingue m’ont dit que des la maternelle, même parfois avant, celui-ci avait « choisi » sa langue et n’en parlait qu’une, que bien qu’il comprenait plus ou moins l’autre langue maternelle de son deuxième parent, qu’il s’évertuait à répondre, à communiquer dans la langue qu’il avait choisi. C’est une chose qui m’inquiète, je ne veux pas que mon fils oublie le français, voir renie ses origines gauloises.

Introduction du français

D’abord, à 7 mois je lui faisais écouter des comptines françaises en bruit de fond. Depuis tout petit je lui fais la lecture tous les soirs, que se soit en japonais, en français ou en anglais. Je suis d’ailleurs ravie de constater que comme moi il adore les livres. Maintenant il essaye de lire par lui-même en répétant les mots que je dis à telle ou telle page, il aime aussi « lire » ses imagiers tout seul, c’est juste adorable.

Ensuite à 1 an et demi j’ai introduit les dessins-animés. Oui-oui, Thomas, T’choupi, Trotro, Petit ours brun et Sam-sam. Je suis consciente des polémiques concernant l’exposition des enfants de moins de 3 ans aux écrans. Cependant, je tiens à préciser certaines choses avant toutes remarques. D’abord, je ne me sers pas des écrans comme nounou. Ensuite, je modère son temps de visionnage et il ne regarde pas tous les jours.  

Puis coté France, il y est déjà allé à trois reprise pendant à chaque fois un mois, d’abord à 7 mois, puis à 1 an et 4 mois et enfin à 3 ans. C’est pendant ses deux derniers voyages, surtout le dernier, où il a élargi son vocabulaire. Pour entretenir une langue à laquelle on est peu exposé, qu’il est préférable de voyager pour pouvoir la pratiquer en immersion. C‘est pourquoi j’essaye de rentrer en France avec lui une fois par an ou tous les 18 mois. 

Bilinguisme de mon fils

Son français

Il a dit ses premiers mots à 13 mois par quelques petits mots. Il comprend mieux quand on lui parle dans cette langue qu’en japonais. A 1 ans et 10 mois, même s’il ne parle pas encore, il a beaucoup de vocabulaire pour designer des objets. C’est à 2 ans qu’il a vraiment commencé à s’exprimer oralement, à essayer de communiquer en parlant par syllabes, ainsi « to » signifiait « tomate », « yaourt » ou « le train Thomas » et « pa » signifiait « papa », « panda » ou « anpanman » (personnage de dessin animé japonais). A 2 ans et demi il sait compter de 1 à 10 en français, répète beaucoup ce qu’on lui dit et ce qu’il entend dans ses comptines. Ensuite 2 ans et 10 mois il connait l’alphabet français et commence à faire des phrases de deux, trois mots. A 3 ans c’est un vrai moulin à parole, il parle français sans problème, en faisant des phrases complètes. 

Son japonais

Ses premiers mots ont fait leur apparition à un peu plus 1 an et demi. Il apprend et pratique son japonais avec son père, ma belle-famille et à la garderie qu’il fréquente deux fois par semaine. Quand son japonais a commencé à se développer j’étais toujours surprise d’entendre les dames de la garderie me rapporter ce qu’il avait dit durant la journée. Vers 2 ans et demi il a eu une période où il utilisait pas mal de japonais à la maison, mais ce ne fut qu’une courte phase. Chaque fois elles me disaient qu’il progressait et communiquait de mieux en mieux, que je n’avais pas à m’inquiéter pour son intégration en maternelle. A présent je constate qu’elles ont totalement raison. Actuellement il le comprend mieux qu’il ne le parle, mais sait se faire comprendre. Ma belle-famille est d’ailleurs ravie de pouvoir « enfin » mieux échanger avec lui.

Bilan à 3 ans et demi

Je peux clairement dire que la langue maternelle de mon fils est celle de Molière. Il sait s’exprimer dans les deux langues même s’il comprend et communique mieux en français qu’en japonais et en raison de l’écart de vocabulaire qu’il a entre elles. Depuis sa naissance je lui parle en français, bien que lorsque nous sommes dehors accompagnés de Japonais, il m’arrive d’alterner. A la maison, mon mari étant bilingue, nous parlons principalement français. Pour le moment il ne mélange pas les deux langues et sait avec qui parler français et avec qui parler japonais, c’est naturel pour lui. D’ailleurs quand il joue avec ses trains il parle japonais, mais quand il joue avec ses voitures il parle français. La raison est simple, quand nous prenons le train les annonces sont en japonais, or ses voitures parlent français.

Mon enfant a réussi à devenir bilingue

Constant que mon enfant est devenu bilingue, je suis contente de la façon dont j’ai procédé. Je suis consciente d’être chanceuse car il était toujours avec moi. Cependant s’il avait été à la crèche, le résultat aurait été différent. En tout cas, il a acquis de bonnes bases en français et je suis sure qu’il rattrapera rapidement son retard en japonais. Puis comme on dit, les enfants sont de vraies éponges et apprennent extrêmement vite. J’espère aussi qu’il ne choisira pas la facilité en privilégiant le japonais qu’il peut utiliser avec plus de monde.

Eva

Française vivant au pays du soleil levant depuis 10 ans. Maman à plusieurs casquette travaillant à Kobe. Je partage sur mon blog un peu de mon quotidien ainsi que mes découvertes, mes voyages et ces différences culturelles avec lesquelles je cohabite. N’hésitez pas à vous abonner, je serais ravie de lire vos impressions !

14 commentaires

  1. Ilona a dit :

    Super article 😊

  2. Karima a dit :

    Bonjour, merci pour tous ces articles que je lis avec grand plaisir. J’ai également un petit bout de 21 mois et le papa est japonais. Nous vivons à Tahiti depuis 5 ans. le papa apprend le français mais il parle japonais à notre bébé. je parle japonais avec mon mari mais en français à bébé (pareil, sinon il va apprendre un japonais qui ne sera pas correct). Pour l’instant il dit beaucoup plus de choses en français mais j’incite le papa à lui parler le plus possible en japonais. Malgré les deux langues il a commencé à parler très tôt. Quand il ira à l’école il faudra que je trouve un moyen pour qu’il continue à apprendre le japonais. Peut-être aussi les dessins animés ou autre support ludique … Merci encore 🙂

  3. Serre a dit :

    Merci de partager votre expérience, je vais m’installer a Sakai d’ici peu , avec mon épouse japonaise et notre fils de 12mois, l apprentissage de la langue française, dans un pays,ou il n’aura pas beaucoup l’occasion de l’entendre est une question qui me préoccupe, votre blog m apporte quelques réponses.
    Je vous en remercie.

  4. C’est un super article. Il ne faut pas que tu arrête de lui parler français, jamais lol.
    Un ami de mes parents c’est marié avec une américaine, ils vivaient à LA et ils ont eu 2 enfants. Il a toujours parlé français à ses enfants mais ça fille ne le parlait pas, elle répondait toujours en anglais et un jour *pouf* à 5 ans elle lui a parlé français comme ça, elle avait tout retenu.
    Je l’ai rencontré à 13 ans et c’est bluffant, elle n’a aucun accent, énormément de vocabulaire et tu ne dirais pas du tout qu’elle n’a vécu qu’au US.
    😉

  5. Ilona Sebire a dit :

    Article super intéressant 😊 tu va faire une suite ?

    1. Merci. Oui, a bout d’un an de maternelle pour comparer son niveau de japonais et voir si son français n’en sera pas affecté.

  6. Stephane ECK a dit :

    Langue maternelle d’abord ! Privilégiez la langue française avant tout, je pense que c’est un bon choix ! Kobe je ne sais pas, mais je conseille vivement de scolariser votre enfant dans un système français. Ma fille est au Lycée français de Kyoto… je l’ai ‘sortie’ su système scolaire japonais dès que j’ai pu.

  7. J’ai beaucoup d’ami(e)s très proches qui sont soit métisses (franco-japonais, franco-chinois) soit Français issus de l’immigration (vietnamienne notamment) et cela m’a toujours fasciné de voir comment ils jonglent entre les deux langues. Mais systématiquement, ils parlent mieux la langue du pays dans lequel ils ont grandi (ici la France), car même s’ils parlent une autre langue à la maison, ils finissent par manquer de vocabulaire technique car ils n’ont pas l’occasion de l’utiliser. A mon avis la meilleure solution est la lecture et les voyages comme tu le dis si bien 🙂
    Article très intéressant en tout cas, j’adore ce genre de sujet 🙂 Merci beaucoup!

  8. J’aimerais apporter ma propre expérience de bilinguisme : depuis ma naissance mes parents me parlent leur langue, que j’ai assimilé avant le français, que j’ai appris…à la maternelle ! Je pense qu’au début je considérais le français comme la langue étrangère, bien qu’assez vite, après l’apprentissage de la lecture, mon niveau de français a dépassé celui de ma langue maternelle (qui n’est qu’un dialecte donc obligé de la mélanger avec du français lorsque les mots n’existent pas). Je ne crois pas qu’il y ai vraiment des règles pour enseigner sa propre langue à ses enfants si ce n’est celle de la pratique : mes parents me reprenaient parfois lorsque je leur parlais trop en Français au détriment de notre langue (mais jamais méchamment), par contre j’ai aujourd’hui un accent Français dans ma langue maternelle ! (ce qui fait bien rire ma famille dans le pays) mais c’est pas grave, je suis avant tout reconnaissante à mes parents de me l’avoir enseigné, c’est un cadeau très précieux !

    1. Merci pour le témoignage ! 🙂

  9. Super intéressant, merci !

  10. Bonjour Eva ! Je suis venue visiter ton blog après avoir vu tes commentaires sur le miens et je me suis totalement reconnue dans cette article. Merci d’en avoir parlé, c’était très intéressant ! 😊

  11. Jenck a dit :

    Super article !
    Si il arrive à communiquer avec ses 2 familles cest en effet chouette pour lui de parler et surtout comprendre les 2 langues (quil ne s’inquiète pas, les français font déjà beaucoup de fautes orales et écrites avec leur propre langue maternelle XD) A voir avec le temps s’il préfère une langue, une culture ou se sent pleinement appartenir aux 2 <3

    Cest là que je regrette que mon père vivant certe en france depuis des années mais ne reniant ses origines ni sa langue maternelle ne nous l'ait pas apprit :/ pas plus que nous insuffler l'envie de nous intéresser à nos origines, à nos racines paternelles ou simplement le pays où il a grandit. Que même si ses enfants n'envisagent pas de vivre ailleurs qu'en france, ça nous connecte à des oncles et tantes non francophones et nous donne l'opportunité de voyager avec ce bagage linguistique 🤩

    Pour ton fils je suis donc contente pour lui de ce beau cadeau 😚

    1. Merci de ce retour !
      En effet, il fait de petites erreurs à l’oral, mais elles ne le bloquent pas pour parler, c’est un moulin a parole.
      Mon grand-pere était espagnol, tout ses enfants sont nés en France mais il n’a pas voulu leur apprendre l’espagnol car il voulait qu’ils soient tous bien intégrés. Aujourd’hui, ma mere et ses frères et sœurs regrettent de ne pas avoir pu l’apprendre. C’est vraiment une richesse en plus !

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