Le grand tremblement de terre de Kobe de 1995
Kobe Le saviez-vous?

Tremblement de terre de Kobe de 1995, les témoignages

Aujourd’hui, le 17 janvier 2020 marque les 25 ans du grand tremblement de terre qui frappa Kobe au petit matin, à 5h46. Un événement encore ancré dans la mémoire des survivants et dans la ville elle-même. Kobe a toujours été très attachée à son histoire et en sème constamment quelques bribes dans ses rues afin de ne pas oublier. Ainsi chaque année à cette date charnière, les cœurs se rassemblent pour partager ce douloureux souvenir et honorer les disparus. Comme chaque année la cérémonie de commémoration se passe dans le parc Higashi Yuenchi qui regorge de symboles et de souvenirs liés à ce jour.

Cette année, à l’approche de cette date commémorative et lourde de souvenirs, plusieurs connaissances japonaises m’ont raconté ce qu’elles ont vécu ce jour-là. Leurs récits m’ont beaucoup touché et j’aurai pu les écouter pendant des heures. En suivant cette idée de ne pas oublier, je me suis dis que j’allais en partager quelques uns avec vous.

5h46    –    17 janvier 1995

I
« Ma maison fut entièrement détruite. J’étais coincée sous les décombres. Ma fille était enceinte et devait accoucher dans les prochains jours, mais par chance la catastrophe n’a pas précipité l’accouchement. Par contre, en plus du séisme, on nous avait aussi volé les affaires que nous avions dans notre voiture… »

N
« J’avais la vingtaine et j’étais chez moi, dans l’arrondissement de Tarumi. En entendant le bruit j’avais pensé à un orage, puis ça a tremblé. J’ai eu l’impression que la terre se fendait en deux. Ma maison a tenu le choc, mais nous n’avons pas eu d’eau avant 3 semaines. Les gens faisaient la queue pour aller dans les sento (bains publics), il y avait parfois jusqu’à 3h d’attente. J’y suis allée 2 jours après le séisme. L’eau était tiède et sale. Je n’ai plus voulu y retourner, ce n’était pas agréable de se baigner la-dedans. Par chance, une voisine m’a proposé de me doucher chez elle le temps que ce soit réparer chez moi. Certains quartiers ont été entièrement rasé, il n’y avaient plus rien. Je me suis dis que ça devait ressembler à ça après les bombardements de la guerre… »

N
« J’avais la quarantaine. Ce matin-là je devais prendre l’avion pour aller en Europe. Je me préparais car le taxi devait venir me chercher à 6h. En y repensant que je me dis que j’ai eu de la chance car si le séisme aurait eu lieu quelques minutes plus tard, j’aurai probablement perdu la vie sur l’autoroute qui s’était écroulée. Quand ça a tremblé à la maison, l’armoire qui était derrière moi est tombée. A nouveau par chance, ma valise qui était entre elle et moi l’a retenue pour ne pas qu’elle m’écrase. Quand j’ai réussi à m’extirper de ce qui restait de ma maison, j’avais le visage noir, j’étais toute sale, je n’avais qu’une envie, me laver. Je suis restée 3 mois dans la primaire de mon quartier qui servait de refuge, il y avait du chauffage, on y était bien, tous le monde s’entraidait… »

S
« J’avais la quarantaine et j’habitais dans un appartement dans l’arrondissement de Nada. Bien que l’immeuble avait 6 ans, il a été très endommagé. Pendant les réparations, qui ont coûté très chère, je suis restée deux mois dans un refuge dans la ville de Akashi. A l’époque les téléphones portables n’existaient pas, on n’avait aucun moyens de communication pour contacter nos proches et savoir comment ils allaient. On devait alors laisser des mots avec leurs noms dans des refuges… »

S
« Ce quartier de Nagata est celui qui a été le plus touché par la catastrophe. Ce jour-là c’était le jour de fermeture de notre sento (bain public). Suite au tremblement de terre de nombreuses nagaya, les vieilles maisons japonaises accolées, étaient en feu. Cependant, nous n’avions plus d’eau pour les éteindre et les secours mettaient du temps à venir. Nous sommes alors allés à notre sento, la bâtisse ayant tenue le coup, nous avons décidé d’utiliser l’eau des bains pour aider à éteindre les incendies en utilisant les bassines. Puis trois semaines plus tard nous avons pu rouvrir le sento pour la plus grande joie de nos habitués… »

***

La ville de Kobe et ses habitants tiennent à leur histoire, cette catastrophe fait partie d'eux et ils ne veulent pas que les générations suivantes l'ignorent, bien au contraire. Ils souhaitent continuer d'en parler, de commémorer ce jour et ses victimes, même si avec le temps il y aura de moins en moins de survivants pour raconter ce qu'ils ont vécu. Ils ne veulent ni qu'on oublie ce 17 janvier 1995, ni tomber eux aussi tomber dans l'oubli.

Eva

Française vivant au pays du soleil levant depuis 10 ans. Maman à plusieurs casquette travaillant à Kobe. Je partage sur mon blog un peu de mon quotidien ainsi que mes découvertes, mes voyages et ces différences culturelles avec lesquelles je cohabite. N’hésitez pas à vous abonner, je serais ravie de lire vos impressions !

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14 commentaires

  1. Charlotte a dit :

    Ça fait froid dans le dos….

  2. 3kleinegrenouilles a dit :

    Merci pour ces témoignages très intéressants ! Je me souviens très bien du séisme de Kobe, surtout des images du pont effondré et des incendies.

  3. Des témoignages qu’il est important de conserver. Je me souviens quand ils en avaient parlé aux infos de 20h (j’avais 15 ans à l’époque). Voir tous ces dégâts me faisait froid dans le dos…

  4. Wah… Ça fait froid dans le dos de lire tout cela. Le travail de commémoration est important. Et, avec cet article, tu y participes. Alors merci pour ça.

  5. […] partie centrale a du être étirée d’un mètre à la suite du tremblement de terre de Kobe de 1995 dont l’épicentre était situé juste entre les deux pylônes du pont. Ainsi, prenant en compte […]

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