Aujourd’hui, ça fait 10 ans que je vis au Japon. J’avoue que je ne sais pas si je dois m’en réjouir ou non. J’ai tellement du mal à y croire. Le temps passe si vite que cela fait presque peur. Après tout, dix ans, c’est long et court à la fois non ?

Une nouvelle vie

Le 10 mai 2011 je quittais mon Alsace natale pour atterrir au Japon au petit matin du 11 mai. Il était prévu que je vienne fin mars, mais finalement j’avais reporté mon arrivée suite à la double catastrophe qui frappa le nord du Japon. Armée de mon visa Vacances-Travail je venais y rejoindre celui qui devint plus tard mon mari.

Il s’en est passé des choses pendant ces 10 années au Japon. Je me suis mariée et je suis devenue maman. J’ai travaillé dans divers domaines. J’ai fais plein de rencontres. Le Japon m’a vu grandir et surtout devenir adulte. Il m’a également donné tant d’opportunités que je ne peux pas que lui en être reconnaissante. Une chose est sure, je ne serai pas la même personne si j’étais restée en France pendant cette décennie. J’ai appris à devenir davantage indépendante, à apprécier ma solitude et à oser. Devoir travailler dans une langue qui n’est pas la mienne m’a d’ailleurs permis de surmonter ma timidité.

En 10 ans, j’ai construit une nouvelle vie, ma famille, mon cercle d’ami/es. J’ai vu ma ville de cœur se transformer. J’ai appris à découvrir mon nouveau pays et adopté pas mal de ses codes. Je me suis construit un cercle d’ami/es majoritairement Français à travers tout le Japon. Eh oui, je fais partie de ces personnes qui ont besoin de côtoyer des patriotes pour être soi-même. Même si toutes les rencontres n’ont rien donné, par chance, je me suis fais de super ami/es. Mon japonais ne cesse d’évoluer au quotidien. Même si plus le temps passe, plus j’en ai marre du Japon, je reste dans ma bulle.

10 ans plus tôt

Ainsi après mes deux précédents séjours en tant que touriste, je devenais résidente. Je passais de l’autre coté du voile et découvrais un autre Japon. J’étais jeune, amoureuse, insouciante, je n’avais pas eu peur de tout quitter. J’étais émerveillée de mon quotidien, de mes découvertes, de mes voyages, du Japon. Cette lune de miel ne dura qu’un court temps, et parfois j’ai besoin de m’évader pour raviver cette ivresse.

A l’époque, il n’y avait pas tout ces réseaux sociaux qui permettaient de rencontrer des gens plus facilement. J’habitais dans le Kansai et mes seules amies, des Japonaises, étaient principalement à Tokyo. Ce n’est qu’un an plus tard que je me suis fais ma première amie française du Japon, Emilie, nous nous étions connus via nos blogs respectifs. J’habitais chez mes beaux-parents, ces 6 mois de cohabitation ne sont d’ailleurs pas un bon souvenir. Après un mois sur place, j’avais commencé à chercher du travail en regardant des annonces sur internet. Vu mon niveau de japonais, je privilégiais les restaurants français. Puis quelques semaines plus tard, je commençais mon premier boulot à Kobe. Ensuite, tout s’enchaina.

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Bref, 10 ans c’est un cap. Si on m’avait dit qu’un jour je vivrais au Japon, je ne l’aurai jamais cru. On ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve. Cependant, malgré ces 10 ans sur le sol japonais, je me sens toujours déchirée entre mon pays d’adoption et mon pays natale. L’expression “avoir le cul entre deux chaises“, me colle toujours aussi bien à la peau.