En Occident, quand on évoque le travail au Japon, on a cette image des Japonais qui travaillent trop, tout le temps et qui ont peu de jours de congés. Bien c’est à la fois vrai et faux. Cependant n’ayant jamais mis les pieds dans une véritable entreprise japonaise, je ne saurais dire comment cela s’y passe, mais pour ce qui est des horaires et des congés, comme en France, cela dépend avant tout du travail.

Mon mari est employé dans une entreprise d’assurance, il n’aime pas parler boulot à la maison, du coup à part sa fatigue et ses horaires (9h-19h), j’en sais peu, mais en tant qu’épouse, voici ce que je constate. En gros, être salarié au Japon c’est quoi ? C’est faire passer son entreprise avant sa famille. C’est faire des heures supplémentaires souvent non rémunérées. C’est finir (très) tard le soir au point de parfois dormir sur place ou dans un hôtel près au bureau. C’est parfois passer ses weekends au boulot. C’est avoir peu de jours de congés. C’est les nomikai, les soirées alcoolisées, après le boulot presque tous les soirs que l’on peut difficilement refuser. C’est ne pas profiter de tous ses jours de congés sous peine d’être mal vu par ses collègues. C’est ramener systématiquement des souvenirs à ses collègues si on part quelques jours en vacances.

 

 

 

 

Pour ma part, j’ai eu la chance de ne jamais avoir travaillé dans une entreprise japonaise. Je dis chance car avec les échos que j’ai des ami/es français/es, ce n’est pour la plupart vraiment pas la joie. Beaucoup de stress, de pression, très codifié, parfois même un peu exploité voire menacé avec la perte du visa comme enclume sur la tête. J’ai fais plusieurs boulots assez diversifiés et je suis contente d’avoir eu toutes ces expériences, certaines d’entre elles ont été très enrichissantes et m’ont beaucoup appris.

Quand je suis arrivée au Japon en 2011 avec mon visa Vacances-Travail, je parlais peu la langue et la seule expérience professionnelle que j’avais eu en France était dans l’administration, secteur dans lequel je me voyais mal vu mon niveau de japonais. Ecrire un CV japanais fut plus compliqué qu’un CV français car ici on ne se vend pas. Autant en France on se met en avant, autant ici c’est mal vu de se vanter, le parcours scolaire et pro doit parler pour soi. J’ai ciblé les restaurants français en me disant que ça qu’ils ne seraient pas contre une petite french touch. J’ai finalement travaillé dans un restaurant français à Kobe qui était tenu par des Français tout en donnant des cours de français privés pour arrondir les fin de mois. C’était ma première expérience dans la restauration. Je me souviens encore de mon premier jour, c’était un dimanche et il y avait un monde fou, j’étais un peu déboussolée, je savais pas quoi faire ni ou aller. J’ai d’ailleurs découvert que le client japonais est très difficile et pointilleux. Le personnel était franco-japonais de ce fait j’étais un peu plus rassurée et la jeune femme timide que j’étais a pu prendre ses marques à son rythme. Finalement j’ai pris confiance en moi et la peur du contact avec les clients s’est effacée petit à petit. C’est aussi à ce moment que j’ai beaucoup progressé en japonais, notamment dans le registre de politesse. J’y suis restée 8 mois, ça se passait bien, depuis je suis toujours en contact avec mes anciens patrons et deux anciens collègues.

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A cette époque j’ai aussi eu l’occasion de jouer les modèles. Je n’ai jamais cherché dans cette voie là car non seulement ça ne m’intéresse pas, mais en plus je n’ai pas le physique. Au Japon c’est assez facile pour les Etrangers de poser car les Japonais aiment l’exotisme qu’ils offrent avec leur grand nez, leurs longues jambes, leurs yeux bleus etc, si on n’a pas de succès chez nous, on peut en avoir ici. Bref. J’ai accepté ces trois opportunités pour rendre service. La première fois à une amie japonaise pour un catalogue de chocolats. Les deux autres fois pour le restaurant français où je travaillais. Ils organisent des réceptions de mariage du coup ils voulaient un visage européen pour poser en robe de mariée. Pour le premier shooting j’avais pu choisir la robe et la coiffure, quelque chose de très classique comme vous le voyez. Pour le second, je n’ai rien pu choisir, j’ai été une poupée. J’avoue que je n’aimais ni la robe ni la coiffure, la robe était lourde et clignotait en plus, ça ne me ressemblait pas, un peu trop extravagant pour moi. Je n’étais certes pas à l’aise, mais c’était sympa. 

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Ensuite j’ai été assistante de langue pendant 6 mois dans un lycée dans les montagnes de Kobe. Je n’y allais que deux fois par mois. Ce fut mon premier contact dans le monde du FLE, ayant reçu une offre d’emploi dans l’association où j’enseigne actuellement, j’en avais profité pour observer le déroulement de la classe.

Bien que j’ai fini par prendre un chemin différent, j’ai tout de même pu mettre un pied dans la traduction et l’interprétariat. Celle qui voulait être interprète franco-espagnol et qui sortait de LLCE Espagnol se trouva finalement à faire de la traduction franco-japonaise. D’abord je traduisais pour le magazine touristique Panache. Ensuite via là où j’enseigne, j’ai aussi parfois des demandes de traductions pour des sites ou des magazines. J’aime beaucoup la traduction, j’apprends toujours énormément de choses, que se soit dans la langue japonaise ou concernant le sujet traité. Côté interprétariat, ce n’est que cette année que j’ai pu l’expérimenter dans un cadre professionnel. En effet chaque année à Osaka se déroule la foire française avec à l’honneur une région différente. Les artisans français sélectionnés proposent divers stands, allant de la nourriture, aux vêtements, aux accessoires jusqu’au resto français et il y a aussi plusieurs animations. J’y ai remplacé deux autres interprètes. Le samedi j’étais avec une modiste suisse domiciliée à Paris et le dimanche j’étais aux côtés d’un apiculteur. C’était vraiment chouette, j’ai beaucoup aimé ces deux jours malgré la fatigue et les longues heures, mais j’espère renouveler cette expérience lors de la foire française de 2019.

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Maintenant ça fait 4 ans que je suis prof de FLE à Kobe. J’enseigne à des adultes, des dames plus précisément, en plus d’apprendre la langue elles aiment aussi découvrir des points de la culture française. Ça me plait beaucoup, j’ai toujours eu un bon contact avec mes élèves même si ce n’est pas évident d’enseigner le français à des personnes dont la langue maternelle en est si éloignée. Aimer mon travail m’a poussé à me lancer dans une formation à distance afin d’enfin obtenir un diplôme de professeur de FLE, le Daefle, car à part la licence, je n’avais rien… Cette certification pourra, je l’espère, m’ouvrir d’autres portes pour enseigner ailleurs, mais en attendant je dois attendre septembre pour connaître les résultats de mes examens .

Voilà, comme vous le constatez, c’est assez varié ce que j’ai pu faire au Japon, en France j’aurai travaillé dans d’autres domaines. Puis honnêtement, je ne pense pas que j’aurai pu  trouver un travail sans parler japonais. Pour moi c’est vraiment un point essentiel car le Japon fait parti de ces pays où la population ne parle pas trop anglais, ainsi ça peut être difficile de trouver un boulot sans parler la langue locale, à moins d’être dans une entreprise étrangère et/ou dans un environnement plutôt anglophone.

 

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Cet article participe au rendez-vous des #Histoires expatriées, organisé par Lucie qui tient le blog L’Occhio di Lucie depuis l’Italie et c’est Hélène du blog A French in Mexico qui a eu l’idée du thème de ce mois-ci !